Lana Del Rey France

Interview: Lana Del Rey se confie à Paris Match

Lana Del Rey se met sur le divan

Photos: Sébastien Micke
 
En attendant la sortie de son nouvel album, la chanteuse glamour se confie sur sa solitude. Aussi à l'aise avec les selfies qu'avec les Polaroids, la New-Yorkaise de 31 ans, qui vit à Los Angeles, sera en concert le 23 juillet à Paris.
 
Elle n'a pas quitté ses faux cils, mais s'est débarrassée de sa tristesse. Après deux ans d'absence, la diva de la "spleen pop" revient avec Rage de vivre, traduction de Lust For Life, son cinquième album qui sortira le 21 juillet, et Love, son single, qui a déjà dépassé les 50 millions de vues sur YouTube. Même voix hypnotique, même univers poétique pour celle qui affiche désormais un certain goût du bonheur. Depuis la sortie en 2012, sur internet, de Born To Die qui en fait une des plus grandes stars de la musique, Lana nous raconte en chansons planantes et clips esthétiques sa vie de fille fragile hantée par la mort et l'échec. Aujourd'hui, elle dit avoir balayé ses démons et ses amours nocives. Solitaire, peut-être, mais un peu plus légère.

Les enfants, les amis, c'est du bonus. Mon rêve, c'est simplement d'être heureuse.

De notre envoyée spéciale à Los Angeles, Karele Fitoussi.
 
Paris Match. On vous a connue sombre et mélancolique, chantant vos histoires d'amour tourmentées. Vous revenez avec deux titres qui exhalent l'insouciance et la joie de vivre. Que vous est-il arrivé?
Lana Del Rey. Je ne suis plus en couple depuis un an et demi... Apparemment, ça m'a fait beaucoup de bien. [Elle rit.] J'ai appris à dire non et à écouter la petite voix qui, dans ma tête, me conseille de prendre un chemin plutôt qu'un autre.
 
"Trust No One" ["Ne crois personne"] avez-vous tatoué sur l'index... Vous avez souvent été trahie?
Oui. Je n'ai jamais été très douée pour choisir mes petits amis. Mais maintenant ça va mieux, je sais y faire. J'ai retenu un truc, c'est que les gens vous disent très vite qui ils sont. Encore faut-il savoir les écouter, être attentive aux signaux. Dans le passé, j'ai parfois eu des amoureux qui me disaient des choses bizarres et que j'aurais dû trouver inacceptables, mais j'ai fermé les yeux. Ca ne m'arrivera plus. Au moindre indice suspect, je fuis sans me retourner. Une histoire d'amour qui ne vous fait pas du bien est nocive. Je l'ai enfin compris.
 
Vous ne craignez pas que votre nouveau bonheur tarisse votre inspiration?
Non. Quand j'écrivais Born To Die, je vivais à Londres, je rencontrais plein de gens nouveaux, je ne savais pas comment le vent allait tourner, mais j'étais pleine d'espoir. Je m'imaginais évoluer dans un courant très "avant-garde" et cette excitation a rendu la création évidente et facile. Lorsque les critiques ont commencé à me tomber dessus, lorsque les choses sont devenues plus violentes, cette magie s'est envolée. Donc, le bonheur est de toute évidence une bonne chose. Je n'en ai pas peur.
 
Le "New York Times" avait même vu en vous "le reflet cauchemardesque du cynisme et de la fausseté américaine"!
Un début de carrière intéressant, n'est-ce pas? [Elle rit.] C'était terrible, complétement dingue! Il fallait vraiment que j'aime la musique pour continuer. Mais j'ai failli arrêter... Heureusement, les choses ont évolué. Je ne changerai jamais quoi que ce soit pour rentrer dans les rangs ou pour faire plaisir à quiconque.
 
On vous a beaucoup reproché votre image très travaillée. Certains ont voulu vous faire passer pour une marionnette...
Pendant longtemps, je n'ai pas compris ces réactions. Certes, je faisais attention à mon look. J'avais de longs cheveux bien coiffés, mais j'étais trop préoccupée par la musique pour faire comprendre pourquoi on ne me parlait que de ça. Je m'attendais à ce que les gens devinent d'eux-mêmes que j'étais intelligente... J'ai vraiment dû me remettre en question, me demander pourquoi je leur avais inspiré ces réactions. Une question d'énergie, peut-être. Avec le recul, et même si je trouve ça toujours aussi dérisoire, j'arrive à comprendre.
 
Si, d'un coup de baguette magique, vous pouviez repartir de zéro, que changeriez-vous?
Tout! Je ne saurais même pas par où commencer...
 
Vous ne seriez pas chanteuse?
J'adore la musique, elle m'a parfois sauvée de mes propres démons, mais c'est une activité à double tranchant. Si j'avais l'occasion d'emprunter un chemin plus doux, je le ferais sans hésiter.
 
Petite, vous vous rêviez écrivain...
Oui, mais pour m’y être essayée dès mon plus jeune âge, j’ai réalisé que je n’avais pas l’âme d’une romancière. Je me suis rabattue sur l’écriture de nouvelles, elles étaient très mauvaises. J’ai donc opté pour la poésie… mais ce n’était toujours pas ça! Voilà comment j’ai fini par faire des chansons. [Elle rit.] La ­prochaine étape, c’était le haïku!
 
Entre deux disques et deux tournées, que faites-vous?
Je vais à la plage. Je nage une fois par semaine, je traîne avec ma soeur photographe qui partage ma maison. Je profite du soleil et des merveilles de la nature californienne: avec mes copines, nous partons à Big Sur ou à Carmel... Je ne me remets pas de voir la lumière éclatant dès 7h30 le matin. Pour une New-Yorkaise comme moi, c'est à chaque fois un enchantement. Oui, je suis cette fille qui peut parler constamment du temps et de la météo! Mais ce que j'adore par-dessus tout à Los Angeles, c'est qu'il y ait autant de musiciens. Tous les groupes de Londres et de New York ont emménagé ici! Arctic Monkeys, The Last Shadow Puppets, Father John Misty... Ils sont tous à L.A.!
 
Vous avez enfin trouvé la communauté d'artistes que vous rêviez de rejoindre?
Oui. Et lorsque je rentre de tournée, après quatre mois passés sur les routes, ils sont comme moi. Ils ont envie de reprendre les choses là où ils les ont laissées. Mes amis qui ne sont pas dans la musique, eux, ont leur vie et sont forcément passés à autre chose...
 
Comment vivez-vous d'être en permanence scrutée par les photographes?
J'ai écrit un titre, 13 Beaches, pour raconter comment, l'été dernier, il m'a fallu arpenter treize plages avant d'en trouver une sans paparazzis, où me poser avec un livre... Mais on s'habitue à tout. Et puis le jeu en vaut peut-être la chandelle. Ce à quoi je ne m'habitue pas, c'est de retrouver systématiquement mes chansons sur internet avant leur sortie. Ca prend tellement de temps de faire un disque... Un an et demi! En quittant le studio, j'espère toujours qu'elles y sont en sécurité.
 
Pourquoi vous imposer ce rythme d'un album tous les deux ans?
C'est le temps de réflexion et de contemplation dont j'ai besoin. Mes disques sont comme une histoire d'amour avec moi-même...
 
Et quand vous aurez des enfants?
Quand j'aurai des enfants... je les embarquerai avec moi sur la route. Les gars de Muse ou Chris Martin [le chanteur de Coldplay] le font bien! J'ai le sentiment que je m'en sortirai, quelle que soit l'option que je choisirai. Ce sera une belle surprise. Oui, j'adorerais avoir une famille...
 
C'est à l'ordre du jour?
[Elle rit.] Ca m'arrivera bien à un moment. Sans doute dans les cinq ans à venir. Les enfants, les amis, tout ça, c'est du bonus, la cerise sur le gâteau. Mon plus grand rêve, aujourd'hui, c'est simplement d'être heureuse. Comme maintenant.
 
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Pour elle, c'est déjà une vieille histoire. A 17 ans, Elizabeth Woolridge Grant écrit ses chansons et crée ses clips: "Je prenais beaucoup de photos. Puis j'ai commencé à me filmer, à utiliser mon image." Après sept ans de galère à chanter dans des bars de Brooklyn, son clip Video Games, posté en 2011 et vu depuis 155 millions de fois, propulse en quelques minutes la jeune Américaine dans une notoriété démesurée. Elle se métamorphose en Lana Del Rey, lolita 2.0, fan des sixties qui se raconte au fil de ses chansons, parfois impudique et provocante mais toujours sensuelle. "Je suis connectée avec l'avenir et le passé en même temps... C'est pour ça que j'ai peu d'amis..." Aujourd'hui, elle chante "je suis jeune et amoureuse". Mais confie avoir trouvé le bonheur... depuis qu'elle n'est plus en couple.

Je n'ai jamais été douée pour choisir des petits amis

Elle a toujours aimé se mettre en scène: "Adolescente, je voulais faire de ma vie une oeuvre d'art."
 
"Ma passion pour les beaux films peut expliquer mon esthétisme", dit celle qui aurait adoré vivre dans le Flower Power des années hippies.

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